Zombies Bordeaux Répétition - Romain Peyrard - La Déviation

28 jours plus tard (ou presque)

Reportage – Vous faites quoi demain à 16h ?

Si l’on vient à vous poser la question un de ces jours, lors d’un festival ou au beau milieu de la rue, sous le zénith ou dans la pénombre des projecteurs d’une scène en plein air… Peut-être faudra-t’il vous méfier et surtout ne pas répondre illico… rien, pourquoi ?

Lendemain. 22 août. Lieu de rendez-vous : la caserne Niel à Bordeaux. Cette ancienne manufacture a vu débarquer il y a un an, une épicerie bio, un restaurant bobo, des espaces de travail et puis, vu qu’il restait encore de la place, quelques-uns des bâtiments en friche (ou presque) le sont restés. Sans doute le lieu de tournage, me suis-je dit.

Crédit photo : Zombie Walk Bordeaux

Crédit photo : Zombie Walk Bordeaux

À l’entrée de ce royaume de la récup’, un jeune enfoncé dans un canap’ planté au pied du bâtiment principal nous lance, sérieux, « Bienvenue à U Mad Bro production ». Euuuh, merci.

La signature du papier autorisant l’exploitation de mon image commence à m’inquiéter… J’étais censée « filer un coup de main pour le maquillage », m’avait dit un certain Thomas, la veille au soir. Il est en réalité le producteur du film. Celui-ci arrive la bouche en cœur, lunettes de soleil vissées sur le nez et claque la bise à toutes ses proies, les figurants recrutés de ci, de là.

156061_883578505005275_5725229809439599138_nSi la trentaine de badauds qui poireaute n’a pas l’air plus au courant que nous, ce n’est pas un hasard. « À part le résumé qu’on a posté sur le site, on a fait exprès de maintenir le suspense », se félicite Oliver Henchley, le réalisateur. « Ça fait tellement longtemps que je travaille là-dessus que je n’ai pas envie que ça fuite, explique le jeune homme à catogan. C’est pas un Tarantino mais quand même… il faut vraiment que le public ait cette surprise. »

Quid du scénario, donc ? Oliver se lance, prudemment, pour qu’une phrase n’en n’entraîne pas trop vite une autre, et que j’en apprenne trop. On ne sait jamais, il pourrait se venger en me faisant farder en zombie en phase terminale de décomposition…

Notre web-série va se structurer autour d’un journal d’informations diffusé quelque part sur la Ferre (c’est comme la Terre, mais avec un F). Sur cette planète, les zombies sont apparus pour la première fois il y a 400 ans, alors les gens vivent avec eux. À tel point que, quand ils en croisent un, ils font des selfies ensemble ! Les zombies font partie du paysage, et donc de l’actu, on les retrouve au fil des sketchs lancés sous forme de reportages. – Ah tiens, voilà le héros, annonce soudain Oliver.

Qui a pris le flacon de sang ?!

Bastian Paumier, alias George Putain, arrive en treillis, le sourire en coin. Il est aux zombies ce que Bear Grylls est à la nature. Il a son émission, Man VS Zombie, proposée par la très réputée chaîne « U Mad Bro » (du moins sur la Ferre).

Pas le temps d’en apprendre plus, mon heure a sonné, il est temps de se faire grimer. « Est-ce que je pourrais donner l’impression de m’être pris une balle dans le nez s’il vous plaît ? », « Qui a pris le flacon de sang ? », « On dirait que j’ai les entrailles qui sortent, géniaaaal »… Mon manque d’expertise ès zombie commence à se faire sentir, je me contente donc de m’asseoir et d’enlever mes lunettes.

KlerviC’est froid, ça coule, ça chatouille, c’est mou. Je n’aurais pas cru que mon premier passage entre les mains d’une maquilleuse professionnelle consisterait en ça, mais le résultat est pas mal. À la sortie un monsieur me propose un peu plus de sang au chocolat, parce que j’ai l’air un peu trop « propre ».

Maintenant, en plus, ça colle.

L’inconnu, qui vient également de m’encourager à m’ébouriffer un peu les cheveux pour plus d’authenticité, c’est Zombie One, mais on peut aussi l’appeler Franck Bonhomme. Pour l’heure, il est encore en civil mais, dans le 1er épisode, c’est lui qui incarnera le plus vieux zombie de la Ferre, une star planétaire là-bas. Le cinquantenaire n’en n’est pas à son coup d’essai, il préside la Zombie Walk de Bordeaux, une association qui organise chaque année, à l’automne, une farandole de morts-vivants. Elle fédère aussi toutes les initiatives sur le sujet et, apparemment, il y en a beaucoup. « Films, BD, romans… on met les gens en relation et on s’amuse. »

Lui est tombé dedans ado, bravant les interdits avec ses copains en visionnant le film de George Romero, alors non autorisé à la vente, Dawn Of The dead. « On avait réussi à récupérer le film sur une VHS, on s’était tous planqués dans une petite chambre pour le visionner de nuit, imaginez l’ambiance ! »

Depuis, Franck Bonhomme n’a jamais cessé de s’intéresser aux zombies, bien qu’il y ait eu un long passage à vide dans la cinématographie du genre. « Heureusement, Dany Boyle a fait le revival avec »

Même si 25 ans le sépare de la moyenne des figurants, Zombie One s’en fout. « Il faut avoir l’esprit ouvert pour s’intéresser à ça, ça suffit. Chacun peut y projeter ses interprétations. »

Le zombie est là pour incarner concrètement l’image de la menace, où l’homme a peur de sa propre extinction

Le zombie incarnerait-il les inquiétudes de notre siècle ? On peut critiquer la société de consommation, les crises financières ou politiques (François Hollande bute du zombie dans la BD Zombies Néchronologies), le business des laboratoires pharmaceutiques (28 jours plus tard, Resident Evil), la peur de l’Autre ou la crainte d’une invasion d’une autre planète (Dead Space).

Oliver Henchley donne les dernières consignes avant le tournage.

Oliver Henchley donne les dernières consignes avant le tournage.

Avec tout ça, l’heure a sonné. La trentaine de zombies se rassemble devant une porte de hangar. Notre rôle ? Ouvrir la porte, vite, mais pas trop rapidement quand même, et se précipiter tour à tour sur les deux types en tenue d’air soft puis sur la speakerine en ayant l’air d’avoir faim.

Oliver résume : “Vous devez juste avoir les yeux dans le vide, la tête lourde, les bras ballants, être en quête de nourriture, mais pas trop efficacement quand même vu que vous êtes morts… Des questions ?” C’est parti. Mes jambes sont trop raides, j’essaye de me cacher un peu derrière un grand costaud à lunettes dont le maquillage rappelle les séances trash de prévention routière à l’école.

Je tente des trucs, un peu trop molle, un peu trop motivée à aller croquer un mollet, je mixe la crise d’épilepsie et des crampes de gastro avec une situation d’ébriété avancée. Au bout de quatre ou cinq prises ça commence à venir, même si j’ai encore un peu de mal à coordonner la non-coordination de mes membres. Et tandis que je regrette d’avoir lu plutôt que visionné la série Walking Dead et d’avoir uniquement vu le film le moins crédible en la matière (Shaun Of The Dead), la caméra tourne.

Les scènes s’enchaînent dans une ambiance potache. À force de se pousser pour manger de la viande humaine, les figurants deviennent de plus en plus crades… et on s’arrose de Nesquik entre les prises en commençant à avoir faim, pour de vrai cette fois.

Au bout de cinq heures, c’est fini, ne reste plus qu’à compter les jours avant de voir le résultat.

Verdict ici. Qui sait, j’ai peut-être de l’avenir dans le métier, en plus niveau texte c’est plutôt simple… Gaaaaaaaaa.

Crédits photo : Romain Peyrard

Klervi Le Cozic | 24 article(s) publié(s)

Même tête en l'air, mes oreilles restent en alerte. Le zoom toujours à portée de main, je collecte, je bidouille, les sons du réel pour éveiller le désir d'écouter. J'aime refaire le monde jusqu'à l'aube (mais pas plus tard). Si j'avais un super-pouvoir ? Rallonger le temps pour lire plus de bandes dessinées.


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