Catégories
Écouter Lire

Nos petits plaisirs musicaux honteux

La musique mainstream est abondamment conchiée. Jugés sans valeur, sans message, sans âme, les refrains populaires provoquent généralement le dédain de l’intelligentsia. Le rédacteur en chef adjoint du magazine GQ, ancien chroniqueur musical pour Libération, Emmanuel Poncet, prend le contrepied des critiques. Non sans pertinence.

Jeudi 19 juillet, le groupe américain LMFAO monte sur la scène Kerouac du festival des Vieilles Charrues. Il est minuit passé de trente minutes quand Sky Blu et Red Floo entament les premières paroles de Party Rock. Malgré les sarcasmes qui ont animé les discussions du camping toute la journée, malgré les avertissements des Inrocks, des dizaines de milliers de festivaliers rentrent en transe au même moment.

On reconnaît dans la foule les plus prompts à blâmer la programmation d’un groupe dont les initiales signifient « Rire à s’en taper le cul par terre » en français. Curieux et peut-être même contents d’être là, quoiqu’un peu honteux.

Ce récit (presque imaginé) montre à quel point certains morceaux, même affublés de tous les vices, font partie d’une culture commune partagée au moins par toute une génération. Paradoxalement, ces jeunes, qui dansent sur une musique simpliste aux paroles débiles, ont une culture musicale bien plus étendue que leurs parents.

Statistiques de Party Rock de LMFAO sur Youtube
Répartition géographique des visiteurs de la vidéo Party Rock sur Youtube.

Notons, et ce n’est pas un détail, que le clip de Party Rock a été vu quatre-cent-soixante millions sept-cent-cinquante-quatre mille seize (460 754 016) fois sur Youtube au 13 juillet 2012. La carte issue des statistiques de la plateforme vidéo (ci-contre) suffit à nous convaincre de la viralité du clip à l’échelle planétaire. Dans « Mainstream« , Frédéric Martel avait déjà montré comment les États-Unis continuent d’imposer leur pop music à la planète.

Mais pourquoi ça marche ?

Qu’est-ce qui nous marque autant dans ces tuyaux creux ? L’auteur apporte des éléments pour répondre à cette question qui le taraude. Des scientifiques ont ainsi identifié les ingrédients pour qu’un morceau face recette : une louche de phrases musicales longues et détaillées, une pincée de voix mâles récurrentes sans oublier une cuillère à soupe de changements de ton multiples.

Certaines pistes remontent à l’enfance, voire à l’état fœtal. Les battements sourds du cœur associés aux voix parentales ne créent-elles pas la musique primitive entendue dans le cocon du bien-être originel ? Quant aux lallations du petit enfant, ne trouvent-elles pas un écho dans le titre Freed From Desire de Gala ?

Ce tube d’eurodance sorti en 1996 faisait un carton dans les cours d’école. En suivant la démonstration d’Emmanuel Poncet, doit-on lui imputer le succès d’Ilona Mitrecey ou René la Taupe ?

feotus-musique
Les premiers stimuli sonores perçus au stade de fœtus ne quitteront jamais notre inconscient. Crédits Jim Moran

Des tubes aux tunes

La conviction d’Emmanuel Poncet, c’est que du temps des tubes, nous sommes passés à l’ère des tunes, ces aires entêtants, destinés à être consommés sur nos appendices digitaux des années 2000.

Les tubes (ou les tunes) rythment nos vies. Des morceaux complets ou plus souvent des phrases sonores, ils colonisent les bandes originales de films et de jeux vidéo, les génériques télévisés ou nos sonneries de portables. Vecteurs de publicité plus puissants qu’un spot télé, mais aussi plus insidieux, ils servent au commerce et s’éloignent de l’art.

Malgré ce constat, l’auteur confesse dans son livre regarder en cachette une vidéo d’I Gotta Feeling des Black Eyed Peas de façon obsessionnelle. Avouons-le, nous mêmes jetons un œil de temps à autre sur un clip de LMFAO, Abba ou Michael Jackson. À peu près pour les mêmes raisons que le journaliste de GQ invoquent. Fascinés d’observer le même phénomène que des milliers de personnes réparties dans le monde au même moment sur Internet. Rassurés par des sensations enfantines. C’est la force d’attraction inouïe d’un tube, révélateur d’une mondialisation culturelle aussi inquiétante qu’envoûtante.

Références

Éloge des tubes, Emmanuel Poncet, Nil, avril 2012, 18 € 50.

Catégories
Écouter

À l’abordage du Lys Noir

L’idéal, pendant les Tonnerres de Brest, c’est de pouvoir prendre la mer… Rien de mieux pour approcher de plus près les géants à voiles et avoir une vue sur l’ensemble de la rade. Report Ouest a eu la chance d’embarquer sur le Lys Noir, un voilier de 1913.

On prend des photos depuis le Lys Noir.
Monter sur un bateau, l’idéal pour prendre des photos de la rade. (Photo Bastien Madeuf)

À peine posé le pied sur le pont du Lys Noir, le ton est donné : qui veut participer aux manœuvres sera le bienvenu. En ce premier jour des Tonnerres, c’est un coup de chance, la pluie n’a pas encore pointé son nez. On pourra donc hisser les voiles. Le capitaine Alexandre Lozouet donne une seule consigne : rester assis jusqu’à la sortie du port, visibilité oblige.

Juste le temps de photographier le Sedov qui arrive au 5e bassin, et c’est l’heure de la mise sous voiles : tirer sur le bout et ne jamais s’arrêter. Et voilà le bateau lancé à sa vitesse de croisière. Edmond, l’un des matelots, va alors nous conter deux mots sur notre embarcation.

Le Lys Noir est construit en 1913 sous l’impulsion d’un noble autrichien, le Prince de Roquelyne. Le lys sombre, c’est son blason. Mis à l’eau en 1914 le bateau est cependant vite confisqué à son propriétaire, dès le début de la guerre. Un temps laissé en cale sèche, il est la propriété d’une famille d’Arcachon, jusqu’en 1950.

Edmond en pleine explication. Tonnerres de Brest
Edmond a retracé l’histoire du Lys Noir.

1913 – 2012 : le compte est facile, une partie du bateau (un tiers) est bientôt centenaire. Aujourd’hui, il est exploité par une association de Granville, qui comprend 180 adhérents.

Les cinq membres d’équipage qui nous entourent sont donc des bénévoles qui, en échange de quelques coups de marteau et de pinceau, naviguent sur la belle coque de Pâques à la Toussaint. Le plus vieux c’est Edmond, 65 ans; la plus jeune Capucine, 10 ans. Une demoiselle très à l’aise sur le pont… Normal, quand on est la fille du capitaine !

Granville, Cancale, Saint-Brieuc, Lézardrieux, Morlaix, l’Aber Wrac’h et Brest : le périple pour venir aux Tonnerres a souvent été arrosé de pluie… Mais pour Edmond, la rade de Brest, c’est l’idéal : « on a le vent, mais pas la grosse mer. » Et même si le grand repas des équipages a dû être annulé (la faute à la météo), Edmond n’a aucun doute sur l’ambiance de la semaine à venir : « les fêtes de Brest, je les ai toutes faites ! C’est que du bonheur… »

Catégories
Écouter

Les Tonnerres… et la pluie !

Une Fée mise à l’eau, de drôles d’oiseaux indonésiens, 3 gros Russes, un peu de lait ribot et surtout… la pluie, la pluie, la pluie. Résumé d’une première journée bien remplie aux Tonnerres de Brest 2012.

Ça avait pourtant bien commencé. Pas une goutte, pas un grain pour accueillir le maire François Cuillandre et ses invités. La ministre Marylise Lebranchu, le président du Conseil général Pierre Maille, le navigateur Olivier de Kersauson : tout ce beau monde s’était donné rendez-vous sur La Recouvrance pour un heureux événement.

Une mise à l’eau… au sec.

Fee de l'aulne - Tonnerres
La mise à l’eau de la Fée de l’Aulne a donné le coup d’envoi des Tonnerres 2012.

La renaissance de la Fée de l’Aulne, gabare de bois restaurée par les chantiers du Guip. A 11h50, la coque touche l’eau, sous les applaudissement des premiers visiteurs. Il y avait du monde pour accompagner la belle dans le petit bain (celui du port), autant sur les quais qu’en mer…

Direction ensuite l’embarcadère, pour une balade en mer. Les cornes de brume des bateaux s’effacent peu à peu pour laisser place aux sifflements des oiseaux indonésiens… Ils prennent corps avec les danseurs de gamelan, îlot d’exotisme entre les viviers brestois et le village russe.

La Russie, justement, il faut la gagner. Pas moyen de rejoindre les poupées russes rapidement, si ce n’est en se jetant à l’eau dans le cinquième bassin du port. Sous une pluie coriace on se lance donc à la conquête des quais sibériens. Là, les trois gros Russes vous feront face. Ils ne s’appellent pas Sergeï, Dimitri et Piotr mais Sedov, Krusentern et Saint-Petersbourg. 329 mètres de long à eux trois. Si la Russie n’est plus la première puissance mondiale, à Brest c’est bien elle qui rassemble les trois plus gros bâtiments des Tonnerres.

Brise-glace et quatre-mâts

Les "trois gros russes" - Tonnerres
Les « trois gros Russes » : le Sedov, le Krusenstern
et le Saint-Petersbourg.

Le brise-glace Saint-Petersbourg, un monstre de fer jaune et vert à large gueule. Aujourd’hui on en profite : seuls les plus téméraires ont bravé la pluie, et le pont inférieur est presque désert. Vous y rencontrerez le capitaine, yeux aussi bleus que la mer du golfe de Finlande, terrain de jeu habituel du géant des Tonnerres. Mais attention, les visiteurs sont cantonnés au pont, le reste du bateau étant « strictly forbidden ».

A côté de la bête de fer, des princes de bois. Le Sedov et le Krusenstern, deux quatre-mâts majestueux. Là encore seuls les ponts sont accessibles, et gare aux glissades sous temps maussade. On notera quand même que si vous tentez de vous introduire dans les cales, on pourrait vous confier la corvée de patates.

Après une douche monumentale, l’appel des chaussons douillets à la maison se fait sentir. Un dernier détour par le stand Terre et mer… On y déguste légumes, lait bien d’chez nous et lichouseries… De retour au centre névralgique du port, la scène Grand large, on se laisse embarquer par les ritournelles des joyeux Goristes… Un dernier verre de Santa Rosa, ça c’est Brestoa !

Goristes - Tonnerres de Brest
Réchauffer les cœurs, les Goristes savent le faire !

 

Catégories
Écouter

Vingt ans de fêtes maritimes à Brest

Interactif – À l’origine des Tonnerres, quelques passionnés de vieilles coques et de la grande bleue… En 2012, 600 000 personnes attendues sur les quais. De 92 à 2012, de l’eau a coulé sous les ponts.

Pors Beac’h. Pour peu que l’on ignore l’apostrophe, le nom peut évoquer un spot de surf branché. C’est en fait la petite anse de Logonna (29) dans laquelle tout a commencé. Si les Tonnerres fêtent leur 20 ans, l’histoire débute en fait en 1980. A Pors Beac’h donc, des amoureux de la mer se réunissent, l’été venu, pour donner une seconde vie à des voiliers traditionnels. La fiesta se poursuit en 1982, puis 84… En 1986, 400 bateaux mouillent dans l’anse de Logonna.

Brest 92, du jamais vu

La suite, c’est le magazine Le Chasse-Marée qui l’impulse. Suite à son concours « Bateaux des côtes de France », les chantiers navals se lancent dans la rénovation de vieux gréements.
En 1992, Brest devient le point de rendez-vous pour toutes ces coques ressuscitées, pour une fête de tous les marins. Le port militaire, l’arsenal, ouvre pour la première fois ses portes au public. Brest met à l’eau celle qui deviendra son emblème, la Recouvrance, réplique d’une goélette de 1817.

17 000 marins à Brest 96

En 1996, la fête est plus belle encore. Artisans de la mer, militaires, marins-pêcheurs, bagads et bien sûr bateaux sont de retour sur le port. Pendant que le trois-mâts français, le Belem, célèbre ses cent ans, le voilier Notre-Dame de Rumengol renaît. 2500 embarcations et un million de visiteurs prendront part aux festivités.

2000 – 2008, feuilletez notre album souvenirs !

Conseil de lecture : le diaporama est conçu pour être lu la première fois d’une traite, sans intervenir manuellement, afin de profiter de la musique et des images. Vous pouvez ensuite revenir sur certains passages pour approfondir des informations grâce aux boutons en forme de croix.

Quitter la version mobile