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Li Zhiwu renouvelle l’art de la BD chinoise traditionnelle

Le lianhuanhua, littéralement “images qui s’enchaînent” est un genre en déclin en Chine, méconnu ailleurs… Découvrez la traduction de la BD de Li Zhiwu.

On part en Chine. Mais pas dans la Chine d’aujourd’hui, celle de Xi Jinping. Non. On va assister à la chute de la dynastie mandchoue et à l’avènement de la République de Chine avec la victoire du communisme. « Au pays du Cerf blanc » est, initialement, un récit de Chen Zhongshi publié en 1993, un monument littéraire en Chine qu’il a mis vingt-huit ans à accoucher, une étourdissante fresque historique qui débute en 1911 pour s’achever en 1949, lors de la prise du pouvoir par Mao.

Plutôt que de m’attaquer en 816 pages de la version traduite du roman, (parue aux éditions du Seuil pour les plus courageux), j’ai choisi d’en feuilleter tout autant, mais celles de l’adaptation en bande dessinée réalisée par Li Zhiwu en 2002, dont la traduction française vient d’être publiée. Une adaptation qu’il a choisi de réaliser, selon la tradition de la BD chinoise, en lianhuanhua (ou “images enchaînées”, NDLE).

Une tradition ancienne, millénaire, “mais après 1949, ils ont beaucoup été utilisés par le pouvoir en place pour montrer l’histoire d’une certaine manière et aussi pour mettre en avant l’évolution de la société chinoise”, explique Li Zhiwu.

L’auteur du roman a intégré le parti communiste en 1966. Aujourd’hui ce genre n’est plus vraiment usité en Chine, mais pour lui, c’était incontournable d’employer ce style littéraire pour adapter « Au pays du cerf Blanc ».

Si Li Zhiwu a choisi de respecter une tradition millénaire dans la mise en forme, son style graphique est assez novateur quand on compare son lianhuanhua avec d’autres plus anciens.

“Je m’inspire plutôt d’une tradition issue de la calligraphie ou du dessin de paysages chinois et c’est avec un trait presque caricatural que j’ai eu envie de dessiner les personnages”.

« Au pays du cerf Blanc », Bailuyuan,  page 119 - La Déviation

Li Zhiwu. Crédits Yohan Radomski
Li Zhiwu. Crédits Yohan Radomski

Le style graphique contribue pour beaucoup à l’humour du récit, déjà présent dans les lignes du roman de Chen Zhongshi. Savamment redécoupée, cette bande dessinée traditionnelle qui nous fait parcourir à toute vitesse la vie de ces deux clans : la famille Bai et la famille Lu qui s’affrontent sur le partage des terres, le pouvoir au sein du village du Cerf Blanc…

Au fil des pages et des années, on a l’impression d’être assis au milieu du village à les regarder s’aimer ou se déchirer lorsque les catastrophes diverses, famine, bandits, révoltes s’abattent sur leur village. Et pour ne pas se perdre entre les générations, un petit arbre de chacune des familles a soigneusement été dessinée en fin d’ouvrage.

L’adaptation française en lianhuanhua d’« Au pays du cerf blanc » a été éditée en deux volumes aux éditions de la Cerise. Le tome 2, qui nous mènera jusqu’en 1949, devrait être publié dans quelques mois.

Merci à Yohan Radomski d’avoir traduit les propos de Li Zhiwu.

Au pays du Cerf blanc, Chen Zhongshi et Li Zhiwu, Éditions de la cerise, avril 2014, 29 €.

Par Klervi Le Cozic

Même tête en l'air, mes oreilles restent en alerte. Le zoom toujours à portée de main, je collecte, je bidouille, les sons du réel pour éveiller le désir d'écouter. J'aime refaire le monde jusqu'à l'aube (mais pas plus tard). Si j'avais un super-pouvoir ? Rallonger le temps pour lire plus de bandes dessinées.

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