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« Le syndicalisme pour changer la société », 50 ans de lutte vues par Solidaires Bretagne

C’est un film resté dans les cartons pendant quatre longues années. Une commande passée par Solidaires Bretagne au journaliste Gwenvaël Delanoë. Dans « Le Syndicalisme pour changer la société » – documentaire en trois parties visible ci-dessous -, plusieurs militant·es mus par les idéaux libertaires analysent l’émergence d’une structure singulière dans le paysage syndical, à l’heure du néolibéralisme triomphant.

« On voulait montrer la trahison de la social-démocratie et du syndicalisme d’accompagnement. On n’est pas si nombreux à avoir vécu ça de l’intérieur », explique d’emblée Serge Le Quéau. À 70 ans, l’ancien facteur siège depuis peu au Conseil social économique et environnemental (Cese) au nom de l’Union syndicale Solidaires. La prolongation d’une vie de lutte, essentiellement menée comme postier, du Finistère aux Côtes-d’Armor en passant par Paris. Porteur de divers mandats sous l’étiquette de la CFDT, il a vu son organisation, jadis autogestionnaire, se transformer sous l’ère Mitterrand. Jusqu’à à la rupture et la fondation de Sud PTT, en 1989.

« On pourrait encore en dire beaucoup sur les connivences entre Edmont Maire et Jacques Delors. François Ruffin a repris cette histoire dans “Faut-il faire sauter Bruxelles ?“, un fascicule sorti en 2014 », se remémore celui qui fut aussi l’un des fondateurs d’Attac dans les années 1990.

Floriane Hédé fait partie des militant·es auquel Serge Le Quéau a passé le flambeau, à La Poste comme au sein de Solidaires Côtes-d’Armor. Et qui souhaite faire vivre cette mémoire. Dans le film, elle témoigne depuis le port du Légué de la fermeture du centre de tri de Saint-Brieuc en 2012 et du mouvement des Gilets jaunes, auquel elle a participé.

Le documentaire réalisé par le journaliste Gwenvaël Delanoë aborde le retour du traitement policier des mouvements sociaux. Si la répression n’a fait que s’accentuer depuis 2019, Floriane Hédé retient une évolution positive et inattendue : « Sur les retraites, la CFDT a fait l’union jusqu’au bout ». Pas suffisant néanmoins pour l’emporter.

Rien qui n’empêche de faire circuler ce film, qui, jusqu’à sa mise en ligne la semaine dernière n’avait été vu que par quelques dizaines de privilégiés. Serge Le Quéau et Floriane Hédé aimeraient s’en servir comme support lors de débats publics. Et pourquoi pas tirer un livre des 50 heures de rushes qui dorment pour l’heure sur des disques durs ?

1968 – 1978 : La Révolution qui vient

Le syndicalisme pour changer de société 1
Engouements, perspectives et trahisons après Mai 68

1978-1995 : Un loup dans la bergerie

Le syndicalisme pour changer de société 2
De la « gauche » au pouvoir à la création de Sud

1995 – aujourd’hui : Arrêter le massacre

Le syndicalisme pour changer de société 3
Code du travail, retraites, les services publics : Les enjeux contemporains du syndicalisme

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Éric Beynel ausculte le procès France Télécom dans « La raison des plus forts »

Conférence vidéo. L’un des porte-parole de l’Union syndicale Solidaires, Eric Beynel, a donné une conférence au centre Sainte-Anne, à Lannion, lundi 28 septembre, pour présenter « La raison des plus forts ». Ce recueil des chroniques racontant les 41 jours d’audience du procès France Télécom est sorti en juin, aux éditions de l’Atelier, six mois après la condamnation de l’entreprise et de sept ex-dirigeants pour « harcèlement moral institutionnel ».

L’établissement lannionnais aujourd’hui connu sous le nom d’Orange Labs a connu plusieurs suicides durant le plan Next, qui prévoyait le départ de 22.000 salariés à l’échelle nationale, « par la fenêtre ou par la porte », selon les mots prononcés en 2006 par le P-DG Didier Lombard devant une assemblée de cadres supérieurs. Il s’agissait de la face la plus visible d’un mal-être social très profond causé par un management brutal dans une entreprise récemment privatisée, d’abord identifié par Sud PTT et la CFE-CGC, co-fondateurs d’un observatoire d stress et des mobilités forcées.

« La raison des plus forts » est pensé comme un outil militant pour tirer les enseignements d’un procès hors-norme, à l’heure où la « start-up nation » finit de mettre à genoux le code du travail et que ses députés-managers et autres ministres-DRH semblent incapables de maîtriser la crise sanitaire du Covid-19.

« La raison des plus forts », collectif, Editions de l’Atelier, juin 2020

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La Gazette des confiné·es #8 – Révoltes, perspectives et travail

Contre quoi faudra-t-il lutter et comment le ferons-nous dans les prochaines semaines et mois ? Comment limiter l’influence du pouvoir politique sur nos propres corps ? C’est par des questions ouvertes que la gazette commence et vous apporte ensuite les dernières nouvelles. Des révoltes éclatent dans les centres de rétention administrative, les sous-traitants du nucléaire bossent pour EDF comme si de rien n’était, l’été s’assombrit pour les intermittent·es et Amazon subit un sérieux revers.

Il faudra lutter un peu plus…

Le Medef et le gouvernement se lâchent en petites phrases pour préparer les esprits à des attaques d’envergure contre le code du travail. Contre la musique du « travailler plus pour sauver l’économie », il va falloir lutter encore plus pour la détruire !

On peut craindre des manifestations interdites pour « raisons sanitaires » pendant encore longtemps surtout vu que les services de renseignement s’inquiètent d’un embrasement. Il va falloir réfléchir à comment continuer à se révolter, à lutter. D’autant plus que la situation d’une crise non prévue par le capitalisme ouvre le champ des possibles révolutionnaires et contre-révolutionnaires : d’un côté l’émancipation, de l’autre l’extrême droite qui vient et la surveillance généralisée (comme le montre ce reportage glaçant en Chine diffusée par Arte).

Les pistes envisagées à la fin du long article de Jérôme Baschet dans Lundi Matin sont les suivantes : amplifier la colère légitime (notamment vis-à-vis de la situation de l’hôpital public), profiter du temps du confinement pour réfléchir à des modèles alternatifs (stratégie de L’An 01 mais seulement applicable pour les privilégié·es du confinement), ne pas redémarrer l’économie (stratégies de blocages, de ZAD), multiplier les initiatives d’auto-organisation et d’entraides locales (on en a parlé dans la gazette numéro 6). Il y a de quoi faire !

200417 - CQFD Janvier 2020 Vos grèves seront exaucées - La Déviation
Espérons que la prédiction de la Une du numéro de janvier 2020 de CQFD se réalise !

D’autres histoires à partir de nos corps

Le gouvernement, dans cette gestion de la crise sanitaire, s’attache particulièrement à gérer nos corps. Certains corps vont être sommés de ne plus sortir de chez eux tandis que d’autres sont forcés de servir les flux économiques qui « doivent » être maintenus dans des conditions plus que critiquables.

Et ils sont violentés s’ils contreviennent aux règles édictées. Ces corps sont des territoires où les politiques s’expriment : barrières individuelles contre une propagation, pions des flux économiques, externalités d’un système carcéral qui veut conserver sa maîtrise hégémonique.

200417 - Triptych Left Panel 1981 by Francis Bacon - La Déviation
Panneau gauche d’un triptyque fait en 1981 par Francis Bacon qui anticipait deux policiers à cheval allant verbaliser une personne qui ne respecte pas le confinement.

Sur les corps des femmes se matérialise aujourd’hui de façon accentuée la violence du système patriarcal, notamment pour les femmes confinées avec des partenaires violents. Nous pouvons dire que leur interdire de fuir est une violence supplémentaire que l’on peut signaler.

Dans nos corps se matérialise aussi l’incompréhension de la situation présente : nombre d’entre nous ont des règles chamboulées, décalées, retardées. Bien sûr, des explications biologiques existent et sont cohérentes pour cela.

Cependant, souhaitons-nous accepter tout cela ? Nous pouvons nous donner des outils pour modifier ces emprises sur nos corps. On nous enjoint à prendre soin de nous et de nos proches : mais la guérison et le soin, ce sont aussi des processus de transformation politique.

Collectivement, proposons de nouvelles histoires, qui guérissent, à partir de nos vécus et de ceux que les autres partagent avec nous.

Révoltes aux CRA de Mesnil-Amelot et de Vincennes

Le 11 avril au soir, les sans-papiers détenu·es dans le centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot occupent la cour du bâtiment et bloquent la promenade pour protester contre leurs conditions de détention, notamment après qu’une personne porteuse du coronavirus est temporairement enfermée dans le centre, risquant de contaminer nombre de prisonnièr·es.

Les détenu·es (ainsi que les policièr·es du centre) ne disposent ni de masque, ni de gel hydro-alcoolique. La répression policière s’abat sur le CRA le lendemain matin, et plusieurs détenu·es sont déporté·es vers d’autres centres en France, menaçant d’y répandre l’épidémie.

Le 12 avril, au CRA de Vincennes, des affrontements éclatent entre sans-papiers et policièr·es, ces dernièr·es refusant le transport d’un détenu malade à l’hôpital ; les détenu·es obtiennent finalement gain de cause.

Le 25 mars, la demande de fermeture des CRA pour circonstances exceptionnelles déposée par plusieurs associations dont le Gisti devant le Conseil d’État avait été rejetée. Le ministre de l’Intérieur soutenait alors que « la condition d’urgence n’[était] pas remplie et que ne [pouvait] être retenue aucune carence de l’autorité publique de nature à constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, dès lors que les mesures de rétention actuellement en cours sont nécessaires et proportionnées, que des mesures de prévention ont été prises et que l’accès aux soins en rétention est garanti ».

On voit ce qu’il en est dans la réalité des faits…

200417 - Mur par mur nous détruirons les Cra A bas les Cra- La Déviation
Le site abaslescra.noblogs.org propose des ressources et analyses pour lutter contre les CRA.

Pour plus d’infos, on vous invite à consulter le suivi détaillé sur Paris-luttes.

Sous-traitants et illuminations nucléaires

EDF s’est vanté en début de confinement de réussir à faire tourner les centrales nucléaires avec une petite fraction de ses salarié·es. Or, les salarié·es d’EDF ne sont que des cadres : toutes les opérations de manipulation sur ses sites sont assurées par des sous-traitants.

C’est donc oublier que le monde de la production énergétique nucléaire ne se restreint pas à un contrôle depuis une salle couverte digne d’un film de science-fiction. Les installations nucléaires nécessitent aussi un entretien, qu’il soit celui, basique, du nettoyage, ou celui moins classique des opérations à réaliser sur les tranches (c’est à dire les réacteurs) comme les arrêts qui permettent de renouveler le combustible.

200417 - Dans les servitudes nucléaires Revue Z by Damien Rondeau - La Déviation
Dessin de Damien Rondeau pour illustrer l’enquête parue dans la Revue Z en 2012 sur les sous-traitants du nucléaire.

Lorsqu’on a que des salarié·es qui peuvent travailler à distance, il devient bien plus simple d’afficher des chiffres de télé-travail élevés. Les salarié·es des sous-traitants, quant à eux, sont pour pas mal au boulot.

Les syndicats continuent à réclamer des conditions de travail conformes aux mesures sanitaires, dénoncent une ambiance anxiogène, et s’inquiètent d’une communication imprécise. Les salarié·es partent parfois en « grand déplacement » d’une centrale à l’autre sans être testé·es et sans savoir si du boulot est disponible là-bas plutôt qu’ici.

Et c’est le contexte choisit par le gouvernement pour publier un décret accordant un délai supplémentaire à l’EPR de Flammanville, pour lequel les retards et dépassements de budget sont déjà bien nombreux. Plus localement, la préfecture de la Meuse a autorisé le 10 avril l’Andra à capturer et recenser des amphibiens dans le cadre du projet d’enfouissement Cigéo.

Pour finir sur une note joyeuse : de très jolies illuminations sont apparemment prévues pour l’anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (c’est le 26 avril, préparez-vous) !

Amazon : le tribunal de Nanterre fait un carton chez les salarié·es

« Première victoire syndicale » jubile Solidaires mardi 14 avril. L’Union syndicale fait plier Amazon France devant le tribunal judiciaire de Nanterre. Le risque d’attraper le covid-19 dans les entrepôts de la firme justifie la réduction drastique de ses activités. La décision est relayée par CNN.

Les critiques répétées de Muriel Pénicaud à l’endroit du géant du commerce en ligne ne disaient rien qui vaille. Ce n’est toutefois pas l’action de ses services qui contraint Amazon à réduire la voilure, mais l’assignation en référé d’un syndicat.

200417 - Amazon España por dentro vue d'ensemble by Álvaro Ibáñez CC BY 2.0 - La Déviation

L’inspection du travail s’était contentée d’une mise en demeure à partir du 3 avril concernant quatre sites où l’absence de matériel de prévention et de mesures de distanciation entraînaient un risque de contagion des travailleur·ses. Nous vous en parlions dans notre sixième numéro. Affaire classée cinq jours plus tard pour trois d’entre eux. Aux yeux du ministère, mais pas de la justice !

La juge Pascale Loué-Williaume observe dans l’ordonnance que nous nous sommes procuré·es (à partir de la page 9) que les représentant·es des salarié·es n’ont pas été associé·es à l’évaluation des risques, en ce qui concerne le portique d’entrée ou l’utilisation des vestiaires.

Au sujet des transporteurs, « il n’est toujours pas justifié des protocoles de sécurité prévus par le code du travail ». Le risque de contamination par le biais des chariots automoteurs sur les quais de livraison n’a pas été suffisamment évalué. Pas plus que celui lié à la manipulation des cartons. Sur le site nordiste de Lauwin-Planque, des « non-respects » ponctuels des mesures de distanciation ont été relevées et partout les formations dispensées tout comme la prise en compte des risques psycho-sociaux sont insuffisantes.

« Il y a lieu […] d’ordonner […] à la société de restreindre les activités de ses entrepôts à la réception des marchandises, la préparation et l’expédition des commandes de produits alimentaires, d’hygiène et médicaux tant que la société n’aura pas mis en œuvre, en y associant les représentants du personnel, une évaluation des risques professionnels inhérents à l’épidémie de covid-19 sur l’ensemble de ses centres de distributions. »

Pour s’assurer d’être entendue, la première vice-présidente du tribunal assortit sa décision d’une astreinte d’un million d’euros par jour et par infraction constatée. Une somme qui doit être rapportée aux 4,5 milliards de chiffres d’affaires déclarés en 2018 sur le territoire. Conséquence, la multinationale ferme ses entrepôts jusqu’au lundi 20 avril, minimum.

Les salaires seront maintenus à 100 % durant ces cinq jours, mais la firme qui emploie environ 10.000 personnes dans le pays, dont un tiers en intérim envisage de les subventionner grâce au chômage partiel. Une demande qui ne manquerait pas d’audace pour une multinationale suspectée de dissimuler des milliards au fisc. Sur France Info, le directeur général d’Amazon France prend une posture de victime, tout en agitant la carte du chantage à l’emploi.

200417 - Carte implantation Amazon en France rapport Attac Solidaires 2019 - La Déviation
L’implantation d’Amazon en France a été cartographiée par Attac et l’Union syndicale Solidaires dans un rapport su l’impunité fiscale, sociale et environnementale de la firme, mis en ligne en novembre 2019. Cliquez sur l’image pour y accéder

Solidaires espère que ce jugement permettra de donner raison aux salarié·es qui ont tenté d’user de leur droit de retrait. Et même qu’il « ouvre la voie à d’autres actions ». Dans ce dossier éminemment politique, le juge d’appel peut néanmoins revenir sur cette décision dans les prochains jours, par exemple si Amazon arrive à fournir les pièces manquantes à son dossier.

Le tribunal des référés de Paris avait rendu le 9 avril une décision similaire, dans l’affaire qui oppose Sud-PTT et la direction de La Poste. Le groupe doit « recenser les activités essentielles et non essentielles à la vie de la nation » et associer le personnel à une évaluation des risques liés à l’épidémie.

Les intermittent·es fragilisé·es

La culture n’aura jamais semblé aussi accessible. De nombreux contenus sont désormais disponibles en ligne, temporairement ou pendant toute la durée du confinement : collections de musées (Giacometti, Louvre), expositions (Frida Kahlo…), musique (Opéra de Paris…), littérature ou encore théâtre (par exemple le Théâtre des Amandiers…).

Cette soudaine manne de libre accès ne doit pourtant pas nous faire oublier que les artisan·nes de la culture, et notamment du monde du spectacle, déjà précaires, sont fragilisé·es par le confinement.

200417 - Spectacles reportés Théâtre des Amandiers Nanterre - La Déviation
La liste des annulations s’allonge au théâtre des Amandiers de Nanterre. Le site web propose en revanche des captations. Accédez-y en cliquant sur l’image

Pour bénéficier de leurs indemnités sur les périodes où iels ne travaillent pas, les intermittent·es du spectacle doivent faire un minimum de 507 heures (ou recevoir au moins 43 cachets) en 365 jours.

Le gouvernement a fait un premier pas en banalisant toute la période du confinement (à partir du 15 mars), qui ne comptera donc pas dans les 365 jours. De plus, les intermittent·es qui arrivent en fin de droits verront ceux-ci prolongés jusqu’à la fin du confinement. La déclaration mensuelle auprès de Pôle emploi reste d’ailleurs de rigueur.

Néanmoins, nombre de spectacles ont été annulés à partir du 4 mars, date des premières restrictions de rassemblement ; par ailleurs, la liste des événements annulés (Aucard de Tours, etc.) jusqu’à mi-juillet est longue, faisant non seulement disparaître des contrats mais aussi les bénéfices escomptés des répétitions menées au cours des derniers mois.

Un premier décret publié le 14 avril est jugé très incomplet par la CGT Spectacle, qui réclame une facilitation du recours à l’activité partielle pour les personnes en CDD d’usage, notamment. Une pétition qui anticipe une longue période de vaches maigres demande la prolongation des droits un an après la date de reprise, pour tous les artistes, technicien·nes et intermittent·es.

Sur ce dossier comme sur d’autres – pensons aux pigistes, nous vous vous parlions dans notre cinquième gazette -, l’attentisme du ministère inquiète. Franck Riester n’a fait qu’ajouter à la cacophonie en déclarant jeudi 16 avril sur France Inter que les « petits festivals » pourraient se tenir à partir du 11 mai. On se pince, quand on sait que les hôtels et restos garderont portes closes et surtout que les scientifiques craignent une « seconde vague ».

Dans l’attente d’une probable interdiction de tous les événements estivaux, les organisateur·ices peuvent théoriquement poursuivre leur travail et leurs dépenses, mais c’est bien pour une annulation qu’iels optent majoritairement. Une option qui, en l’absence d’arrêté les sécurisant financièrement, remet en cause leur pérennité, dans un secteur très soumis aux aléas.

Dans ces conditions, le plan spécifique du ministre de la Culture dont l’annonce est prévue dans quinze jours promet de susciter d’instances manœuvres en coulisses.

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La Gazette des confiné·es #6 – Précarité, santé mentale et masques

Au menu du jour, on parle des effets amplifiés du Covid sur les personnes précaires, celles qui sont dans des structures de soins psychiatriques et celles qui sont continuent de travailler pour enrichir les patrons. On vous propose aussi des moyens de lutter, en mettant en place des solidarités, inventant nos propres gestes barrières et en questionnant les stratégies du gouvernement contre le virus, qui reposent entre autres sur l’armée et le système judiciaire.

Inégalités sociales renforcées : la solidarité est indispensable

Les inégalités sociales tuent de multiples manières ; un exemple classique est donné par la ville de Glasgow où la différence d’espérance de vie est de 11 ans entre les quartiers pauvres et les quartiers riches.

Le coronavirus ne fait pas exception comme le montre la surmortalité en Seine-Saint-Denis. En cause : la difficulté à mettre en place les mesures de distanciation sociale du fait de la promiscuité, la pauvreté qui oblige les habitant·es, en premier lieu les femmes, à accepter des métiers exposés, et finalement les inégalités face à l’accès aux soins.

Le confinement a été pensé par et pour les urbains riches : en effet plus de 17 % des habitant·es de Paris ont pu se réfugier ailleurs (où iels ont pu par exemple avoir accès à un jardin) alors que les plus pauvres n’ont pas eu cette chance. Aux Etats-Unis, pouvoir rester chez soi est un privilège. Ainsi, les personnes aux revenus les moins élevés ont mis en moyenne quatre jours de plus que les plus riches avant de pouvoir appliquer les consignes de confinement.

200315 - La romantizacion de la cuarentena es privilegio de clase by Jay Barros - La Déviation
La romantizacion de la cuarentena es privilegio de clase by Jay Barros

Dans ce contexte, la solidarité est plus importante que jamais. Félicitations aux multiples initiatives qui continuent pendant cette période : La Table de Jeanne-Marie à Tours (photo de une), L’Autre cantine et L’Autre hangar à Nantes, la Cantine des Pyrénées à Paris, etc.

Précarité à l’université

On vient de le rappeler, ce sont les plus précaires qui subissent en premier les conséquences du confinement : impossibilité de compléter son revenu via des petits boulots, pas de contrat de travail qui protège dans ce cas de figure, etc.

A l’université, les étudiant·es qui n’ont pas pu rentrer chez leurs parents (par exemple les étrangèr·es ou celleux originaires des départements d’outre-mer), sont confiné·es dans des chambres de Crous de 9m2 quelquefois insalubres.

Heureusement, il y a de la solidarité entre précaires. Celleux de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) appellent justement dans leur communiqué, entre autres choses, à la suspension des loyers des résident·es des Crous durant la période du confinement et à l’octroi d’une année de bourse supplémentaire pour les étudiant·es boursièr·es. De plus, a été mise en place une caisse d’urgence pour les précaires (étudiant·es ou travaillant dans l’ESR) pour soutenir les personnes dans des situations parfois critiques à cause du confinement ainsi qu’un tumblr pour parler de leurs situations.

200407 - Bannières du site des précaires de l'enseignement supérieur et de la recherche - La Déviation

Le gouvernement fait céder La Poste au profit des patrons de presse

Qui a dit que le « quatrième pouvoir » était mort ? La presse écrite vient d’obtenir une victoire. Enfin, ses patrons, pas ses journalistes. Dans un communiqué commun avec l’Alliance pour la presse d’information générale publié jeudi, La Poste s’engage à rétablir progressivement la distribution des journaux les lundis et mardis.

Comme nous vous le racontions dans notre précédente gazette, le syndicat des éditeurs a fait feu de tout bois, en transformant des titres en tracts patronaux, comme le dénonce le Syndicat national des journalistes, mais aussi en mobilisant ses réseaux. Lors de la séance de questions au gouvernement du 1er avril au Sénat, pas moins de trois orateurs sur dix ont relayé les doléances des éditeurs sur cette baisse de cadence.

Convoqué à Matignon jeudi, le pédégé du groupe La Poste, Philippe Wahl, a dû confesser une « erreur .

Le maintien de ce service public qui tient subitement à cœur du patronat repose sur des précaires. Plus précisément sur 3.000 travailleur·euses, dont une bonne partie recrutés en intérim pour renforcer la filiale Mediapost. Sud-PTT, qui a assigné la direction du groupe en référé pour obtenir un bilan sanitaire de l’épidémie, estime que cette décision « met en danger une population particulièrement fragile, la moyenne d’âge des des “Médiapostièr·es” étant de 57 ans ».

200407 - Restez chez vous je vous apporte le coronavirus Détournement Facebook Sud PTT Gironde - La Déviation
Détournement publié le 19 mars sur la page Facebook de Sud-PTT Gironde.

Aggraver la crise sanitaire et en profiter, Amazon excelle dans le « en même temps »

Ni l’acheminement des quotidiens ni celui du courrier ne mobilisent autant les postièr·es que la livraison des colis. Une télécommande vocale, des bouteilles de gouache ou encore un casque de « gamer » s’affichent au palmarès des meilleures ventes d’Amazon au 6 avril.

Le premier « a » de l’acronyme Gafam représente à la fois le principal concurrent et le premier client de La Poste pour des produits difficilement classables comme essentiels. En pleine récession, les affaires du géant américain de la vente en ligne sont pourtant florissantes.

Comme le raconte Jean-Baptiste Malet dans Le Monde Diplomatique, les hangars d’Amazon tournent à plein régime, sans garantir le moindre respect des fameux « gestes barrières » et encore moins de la distanciation sociale. « On se confine à plus de mille. » Soit près de 900.000 travailleur·euses à travers le globe.

Le champion de l’évasion fiscale symbolise les tensions qui traversent l’administration française.

Si la ministre du Travail, a fixé le 5 avril un ultimatum de trois jours à Amazon pour se mettre en conformité, il faut se souvenir que les premières remontrances publiques de Muriel Pénicaud datent du dimanche précédent.

200407 - Amazon coronavirus attroupement - La Soirée 2 L'Info - France 2 - La Déviation
Capture d’écran du reportage diffusé le 3 avril sur France 2 et intitulé « Coronavirus : le géant de la livraison Amazon enverrait-il ses salariés au casse-pipe ? »

Entre-temps, aucune fermeture d’entrepôt n’a été décidée. L’inspection du travail a pourtant le pouvoir d’arrêter temporairement une activité ou au moins de saisir le juge des référés. Elle se contente pour l’heure d’une mise en demeure pour quatre sites, situés à Saran (Loiret), Brétigny-sur-Orge (Essonne), Lauwin-Lanque (Nord) et Sevrey (Saône-et-Loire).

Sous pression de leur ministère de tutelle, les directions générales des entreprises (Direccte) semblent plus soucieuses de protéger le PIB que les salarié·es. « Notre mot d’ordre doit être : l’activité économique pour tous les secteurs DOIT reprendre et se poursuivre », écrivait jeudi 26 mars la directrice départementale de la Marne, dans un courriel révélé par Mediapart. Un courrier, parmi d’autres, qui ulcère les syndicats, mais qui a au moins le mérite de la franchise.

Deuil en temps de pandémie

Concernant les décès liés au coronavirus, le conseil scientifique préconisait, le 23 mars, qu’« au moins un membre de la famille [puisse] voir le visage [du défunt] » et, pour les autres, « de relayer cet échange par l’intermédiaire d’un enregistrement vidéo », trouvant ces mesures suffisantes pour permettre un deuil potable.

Le gouvernement s’est finalement montré un peu plus humain que les scientifiques, autorisant jusqu’à 20 personnes à se rendre aux enterrements (sauf dans certains gros foyers de contamination) et permettant de reporter les obsèques, sur avis préfectoral, jusqu’à six mois après le décès. Le choix du mode d’inhumation est également garanti. Néanmoins, les proches ne pourront voir que brièvement le visage de la personne décédée à travers la housse. Une amélioration car au début de la crise, la mise en bière se faisait sans aucune possibilité pour la famille de voir le défunt.

Ces règles, tout comme celles limitant le nombre de visites à l’hôpital aux personnes sur le point de décéder, sont difficiles à accepter pour les proches, et entraîneront des deuils longs et difficiles. Il importe de rester vigilant·es quant à leur rationalité – en effet, les mort·es ne toussent pas…

Un critère de la « vie réussie »

Dans les unités de soins psychiatriques des hôpitaux, s’organiser pour lutter contre le Covid-19 se fait aussi, sous des modalités qui semblent similaires aux autres unités. Le sens attribué à l’arrêt du serrage de main pour se dire bonjour apparaît cependant porteur de bien plus de signification.

Au-delà d’un simple geste barrière, c’est un geste de proximité entre un·e soignant·e et un·e patient·e, à l’heure où certain·es médecins le refusent encore par dégoût de ce type de pathologie. La distanciation sociale imposée par le virus remet à l’ordre du jour ce mépris et annule de nombreuses pratiques du soin psychiatrique. La gestion de la crise du Covid-19 devient ainsi une anti-psychiatrie.

Si la psychiatrie a dû, tout comme les autres services de l’hôpital public, souffrir des nombreuses restrictions budgétaires, elle sait aussi aujourd’hui que ses patient·es ne seront pas prioritaires. Et même au sein des patient·es, plus la pathologie par laquelle on les aura défini·es sera jugée lourde, moins ielles auront de chance d’être accepté·es en réanimation.

Dans un monde où l’écoute, l’interaction et la reconnaissance en tant que personne devraient faire partie intégrante du soin, tout cela a des relents de fonction de régulation sociale plus drastique encore que ce qui est déjà discuté. Regarder ce qui est défini comme maladie psychiatrique nous montre ce que la société considère comme une « vie réussie ».

200407 - CQFD Mensuel Mais vous êtes fou numéro février 2020 - La Déviation
Le numéro de février 2020 du mensuel CQFD était consacré à la folie.

Et au-delà du confinement et des patient·es aujourd’hui dans les unités ou en soin, des psychiatres pensent à l’après. De nombreux·ses soignant·es livrent des témoignages glaçants de la crise et ielles seront probablement nombreux·ses à souffrir de ce qui est nommé syndrome post-traumatique.

Les personnes confiné·es dans des conditions difficiles, ou ayant dû travailler dans des conditions difficiles aussi. Et même sans conditions difficiles, que dire de toutes ces personnes qui arrivent à gérer des symptômes d’angoisse au quotidien mais n’ont plus les ressources habituelles pour y faire face ? Quel·les soignant·es seront encore présent·es pour prendre soin de toutes ces personnes ? Comment pouvons-nous nous aussi penser à prendre soin d’elles après, et pas seulement pendant ?

C’est peut-être l’occasion de regarder vers une pratique autogestionnaire du soin, par exemple ici ou .

« Masquarade »

Dans un récent communiqué, l’Académie des sciences recommande le port généralisé du masque, comme en République Tchèque et dans d’autres pays.

Selon les sources des collectifs masks4all et stop-postillons, le masque, même non optimal, réduit la probabilité de contaminer autrui par les microgoutelettes lorsqu’on éternue ou qu’on parle, notamment pour les personnes asymptomatiques mais contagieuses. Ce geste s’ajoute, sans les remplacer, aux autres gestes barrières (la contamination reste possible si on ne se lave pas les mains après avoir touché une surface infectée). Le masque dissuade en outre de porter la main au visage.

200407 - Campagne masks4all by compte Youtube Petr Ludwig Konec prokrastinace - La Déviation
La campagne tchèque #masks4all vise à faire adopter le port du masque par la population générale à l’extérieur du domicile.

Mais les masques se font rares, entre autres à l’hôpital, où les masques chirurgicaux et FFP2 restent l’option la plus sûre pour éviter la contamination par les grandes quantités de virus aérosolisées par les patient-es toussant dans les respirateurs. Les stocks de masques non utilisés peuvent être ramenés en pharmacie.

Restent les masques en tissus, réutilisables après un lavage en machine d’au moins 30 minutes à 60°C. Le guide de l’Agence française de normalisation recommande d’éviter les masques à couture centrale, comme nous vous l’indiquions dans notre quatrième gazette, préférant celui décrit par exemple dans ce tuto ici ou dans le tutoto de Paris-Luttes.info. Vous aussi pouvez faire un masque sans machine, avec une simple serviette et une agrafeuse.

Le gouvernement, un temps opposé à la généralisation du masque, pourrait changer d’avis, se rangeant tardivement derrière l’avis de son conseil scientifique. Les masques pourraient devenir obligatoires pendant et après le confinement.

L’État organisera-t-il la production d’un certain type de masques, interdisant les autres et contrôlant par là nos déplacements ? Pour l’en empêcher, généralisons la production de masques artisanaux et améliorons les pour qu’ils deviennent le plus efficace possible. A vos machines !

Quelles stratégies face au virus ?

Lorsque les stratégies des différents États sont évoquées, un axe semble faire consensus dans une partie de la presse : il y a les gentils qui confinent et les irresponsables qui veulent l’immunité de groupe.

Cette opposition, simpliste, n’a pourtant pas beaucoup de sens. Que peut-il arriver au virus ? Soit il circule librement et massivement (herpès, HPV), soit il est complètement éradiqué (variole), soit une part importante de la population est immunisée et les résurgences sont rares et localisées (oreillons, rougeole).

La première option n’est pas souhaitable vue la létalité de ce virus, la seconde semble difficile à moyen terme (pour la variole, il a fallu 200 ans).
Pour la troisième, la stratégie n’est pas unique : le confinement en attendant un vaccin, mais ça prendra du temps, le laisser-faire de crevard capitaliste, ou des voies médianes comme l’exposition au virus selon la vulnérabilité en protégeant les personnes plus âgées ou à risque (ce qui n’est pas assez bien fait).

Il n’y a pas qu’un type de confinement, que ce soit dans la méthode plus ou moins autoritaire, ou dans l’effet recherché. Évidemment, prévoir l’effet produit dépend des connaissances sur la propagations des épidémies, qui sont en pleine construction.

Sentinelles résilientes

Annoncée le 25 mars, l’opération Résilience se déploie petit à petit dans les régions. L’armée était déjà bien associée à la gestion de la crise, avec la présence à Matignon du général ayant supervisé l’évacuation de la ZAD de NDDL. Et maintenant, cette opération lui donne des missions de santé, de logistique et de protection, tout ça de façon assez floue.

200407 - Le général Lizuray auditionné par les sénateurs dans l'affaire Benalla by Public Sénat - La Déviation
Le général Lizurey avait justifié devant les sénateurs en juillet 2018 la nomination d’Alexandre Benalla en tant que lieutenant-colonel dans les spécialistes de la réserve.

Il faut bien occuper les militaires, puisqu’avec le confinement l’opération Sentinelle perd un peu de son sens (ça au moins c’est de l’adaptation résiliente). La protection, ce sera donc celle de convois de masques, d’entrées d’hôpitaux, de rues vides

Mais protection contre quoi ? Contre qui ? Si l’on en croit Macron, c’est la guerre contre le virus. A moins qu’il ne se persuade que des armes l’arrêtent, doit-on penser qu’il s’agit alors de neutraliser de potentiel·les porteur·euses du virus qui, tel·les des zombies, se rueraient sur les livraisons de masques ? Peut-être qu’il nous faut alors entendre résiliation plutôt que résilience

Ce qui semble plus certain, c’est que les vieilles habitudes ne changent pas : les « banlieues » restent désignées comme les irresponsables indisciplinées, le député LR Eric Ciotti ayant justement suggéré d’y envoyer l’armée tout récemment.

Quant aux opérations hors de France, si les militaires français·es en Irak ont été rapatrié·es « temporairement », le reste semble continuer à rouler. L’outil militaire de gestion de crise aujourd’hui déployé en France a contribué à la création ou à l’intensification de bien d’autres crises ailleurs. On reprend les mêmes, on recommence avec les mêmes recettes : pas très résilient tout ça.

Sous le masque de l’efficacité, le bâillon des libertés

« La ministre de la Justice fait vaciller encore un peu plus notre État de droit, sans “états d’âme” », déplore le Syndicat de la magistrature. La plus haute juridiction administrative a en effet validé vendredi la prolongation automatique des détentions provisoires.

Des prévenu·es, présumé·es innocent·es dans l’attente de leur jugement, restent derrière les barreaux sans pouvoir se défendre. L’ordonnance du 25 mars modifiant la procédure pénale prolonge de deux ou trois mois la durée maximale des détentions provisoires ordonnées lors d’informations judiciaires sur des délits et de six mois dans les procédures criminelles.

Des dispositions dénoncées par l’Association des avocats pénalistes, l’Union des jeunes avocats, le Syndicat des avocats de France, la Ligue des droits de l’homme, l’Observatoire international des prisons et donc le Syndicat de la magistrature. Leur référé a été rejeté sans débat, fût-il organisé en visio.

La libération de 9 % des prisonnièr·es, en fin de peine, annoncée par la chancellerie au 1er avril ne règle pourtant pas le problème de la surpopulation carcérale, pour laquelle la France est régulièrement condamnée. Maisons d’arrêt et centres pénitentiaires comptent encore plus de 66.000 détenu·es pour environ 61.000 places, au mépris de la loi qui impose l’encellulement individuel.

200407 - Carte du Covid-19 dans les prisons françaises by Observatoire international des prisons - La Déviation
L’Observatoire international des prisons tient à jour une carte des cas de Covid-19 détectés dans les prisons françaises. Cliquez dessus pour y accéder

Parallèlement, l’épidémie se propage. Le nombre de détenus testés positif au Covid-19 a bondi de 55 %, passant en cinq jours jours de 31 à 48, selon l’administration. Des données probablement sous-estimées quand, au même moment, 114 agents pénitentiaires sont testés positifs et 931 renvoyés chez eux. Au moins un prisonnier et un surveillant en sont morts.

Un bilan qui n’empêche pas les juges de prononcer des mandats de dépôt pour violation répétée du confinement. Le Panier à salade en recense douze au 6 avril à 11 h, grâce aux articles parus dans la presse nationale et régionale, auxquels s’ajoute un placement sous surveillance électronique pour un garçon de 19 ans, contrôlé quatre fois sans attestation en bon et due forme, dans l’agglomération de Grenoble. Soit 60 mois de prison ferme distribués, compte L’Envolée dans son flash info sur les prisons.

Ce nouveau délit voté par les parlementaires dans le cadre de la loi d’urgence sanitaire fait d’ailleurs l’objet d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), déposée par plusieurs avocats dont Raphaël Kempf. Elle a néanmoins peu de chances d’être examinée. Le gouvernement, pour une fois prévoyant, a suspendu l’obligation de traitement des QPC jusqu’au 30 juin. Un bâillon qu’accepte de porter le Conseil constitutionnel, qui a validé le volet organique de la loi d’urgence sanitaire, alors même que l’article 46 de la loi fondamentale a été violé en pleine conscience.

Illustrations : Bénévole cuisinier à la Table de Jeanne-Marie à Tours Tous droits réservés

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La Gazette des confiné·es #5 – Journaux, chloroquine, marchés au pas

Aujourd’hui, une nouvelle prise d’otage : celle des éditeurs de presse par La Poste, qui distribuerait moins vite les journaux papier. Et d’ailleurs, les pigistes sont-iels de vrai·es journalistes ? Et tous ces médias et sources internet, quel charivari font-ils autour des solutions miracles au SRAS-Cov2, de la chloroquine au jus de carotte en passant par l’urine ?

Le remède miracle reste bien irréel, tout comme la fameuse continuité pédagogique que nous vend Blanquer, dénoncée de toute part. Le gouvernement a en tout cas trouvé un traitement radical contre les paysan·nes qui tentent d’échapper à l’agro-business : fermer tous les marchés, en maintenant les grandes surfaces. Allons-nous nous laisser à ces docteur·es Maboul le choix des prescriptions ?

Postièr·es sans masque, éditeurs sans scrupule

« Restez chez vous, mais allez bosser ! ». Au petit jeu des injonctions contradictoires, le gouvernement a donné le la et le patronat s’est accordé. Affolés par l’effondrement de la pub et les fermetures de points de vente, les éditeurs de presse quotidienne se retournent contre La Poste, qui réduit son activité courrier.  Il faut dire qu’au moins 167 agents montraient des signes de Covid-19 dans sa seule branche Réseau au 25 mars et que la direction a préféré livrer ses 300.000 masques à la police…

Quoi de plus naturel que d’employer son propre journal pour relayer une pétition, publier un édito enflammé ou partager le communiqué de son organisation ? Une campagne de presse s’est donc engagée la semaine dernière (lire notre article), avec le groupe Centre France et la famille Baylet (groupe La Dépêche) comme chefs d’orchestre. « Prise d’otage », « désertion »… inspirés par le discours martial du pouvoir, les patrons de presse se sont lâchés.

Le secteur emploie d’innombrables petites mains qui n’ont pas le statut de salarié·e et donc les droits qui s’y rattachent. On pense aux correspondant·es locaux de presse, payé·es à la tâche pour courir à travers leur canton, ainsi qu’aux porteuses et porteurs, véritables combattant·es du cycle circadien. Les imprimeries, ancien bastion CGT, ont été en grande partie externalisées. Autant dire que les éditeurs ont pris l’habitude qu’on les respecte.

Leur lobbying semble payant, puisque la secrétaire d’État à l’Économie, Agnès Pannier-Runacher, annonce, lors de la séance de questions au gouvernement des sénateurs du 1er avril un « renforcement de la distribution de la presse écrite en début de semaine ».

On apprend au détour d’un communiqué de Sud-PTT que c’est Mediapost qui récupère la livraison des canards. Un choix ironique quand on sait que la filiale du groupe La Poste est spécialisée dans la distribution des publicités et qu’elle fait une lecture très singulière du code du travail.

Un choix en tout cas condamné par le syndicat qui rappelle que la direction a justifié la diminution des distributions « au nom de la sécurité des agents de la maison-mère ». Les autres peuvent bien crever !

Les pigistes ? Quels pigistes ?

Étrangement, les patrons de presse sont moins diserts lorsqu’il s’agit des pigistes. Ces journalistes non mensualisé·es mais non moins salarié·es subissent de plein fouet la baisse de pagination des journaux et les annulations d’émissions. Pourtant, certains médias rechignent à les inscrire dans le dispositif de chômage partiel. D’autres appliquent leurs propres critères d’éligibilité, excluant les plus précaires.

Habitué·es au télétravail, ils et surtout elles n’en sont pas moins déstabilisé·es par la fermeture des écoles, collèges et lycées. Quant aux pros basé·es à l’étranger, la baisse des commandes s’accompagne de difficultés diverses pour regagner la France.

Myriam Guillemaud Silenko, animatrice du pôle pigistes du Syndicat national des journalistes (SNJ) s’adresse au ministère du travail par le biais d’une pétition. Dans ses échanges avec les fédérations patronales, le principal syndicat de la profession ainsi que la CGT, la CFDT et FO menacent d’engager des poursuites contre les entreprises qui oublieraient les pigistes. Le SNJ demande même de suspendre leurs aides à la presse.

Marchés au pas

Le 23 mars, le premier ministre a ordonné la fermeture de tous les marchés du pays (sauf les marchés financiers bien sûr). Pour les rouvrir, il faut une demande argumentée de la mairie, qui sera soumise au bon vouloir de la préfecture.

Suite à la mobilisation des agriculteur·ices et des vendeur·euses, un guide méthodologique a été rédigé pour cadrer ces réouvertures. Ce guide contient une vingtaine de consignes à respecter pour avoir le droit de continuer à tenir un marché.

200402 - Fais tes courses en évitant les prunes by auteur inconnu - La Déviation

En plus des consignes sanitaires de bon sens, déjà appliquées par la plupart des marchand·es qui n’ont pas attendu les ordres de l’État pour prendre des précautions, le nombre de stands est largement limité : 15 au marché des Lices de Rennes par exemple, contre 200 en temps normal. De même, seuls les stands alimentaires seront autorisés.

La mise en place de ces règles et le flicage pour les faire appliquer revient aux mairies. Pas étonnant que nombre d’entre elles y renoncent. Par ailleurs, les préfet·es gardent le dernier mot et semblent pour certain·es considérer que la présence d’un supermarché dans une ville rend inutile l’ouverture du marché. Résultat, seul un marché sur quatre est rouvert.

Heureusement, la mobilisation semble porter ses fruits. Dans les villes où les habitant·es insistent auprès des élu·es, les marchés rouvrent plus vite.

Il est normal de prendre des précautions pour éviter des contaminations inutiles, mais l’accès à l’alimentation fait partie des besoins essentiels. La différence de traitement entre les marchés et les grandes surfaces, qui permettent tous les deux de combler ce besoin est donc particulièrement choquante.

La plupart des mesures du guide méthodologique pour les marchés ne sont pas appliquées dans les supermarchés, notamment l’interdiction de toucher les produits. De même, aucune surveillance de l’application des distances de sécurité n’y est faite, alors qu’il s’agit d’endroit plus confinés, conçus pour mettre les consommateur·ices au plus près des produits.

Alors que nous sommes au milieu d’une crise mondiale qui met en évidence les limites de notre modèle de production et de distribution, profitons-en pour repenser la consommation comme le proposent ces appels de la Confédération paysanne et de paysan·nes de Loire-Atlantique. Le modèle actuel, promu par le ministère de l’Agriculture et la FNSEA est complètement dépassé par la situation, notamment parce qu’il repose sur l’exploitation de travailleur·euses détaché·es pour les récoltes.

S’approvisionner en vente directe, locale et de saison, assurer un salaire décent aux paysan·nes grâce aux associations pour le maintien de l’agriculture paysanne, organiser des chantiers agricoles collectifs pour éviter le recours à des machines qu’il faut acheter à crédit et aux hydrocarbures qui les font tourner, faire les courses en commun pour aider les personnes qui sont dans l’incapacité de le faire, penser la récupération et la redistribution des invendus pour aider les plus vulnérables, etc.

Toutes ces actions permettent de mettre en place des alternatives, en construisant une autre économie, qu’il faut défendre face au capitalisme mondialisé et à l’État.

Le piège de la continuité pédagogique

Alors que de nombreuses personnes pointent la gestion catastrophique par Blanquer (ministre de l’Education nationale) de la pandémie, un syndicat de parents d’élèves (FCPE) appelle le ministre à arrêter de faire semblant que tout se passe bien.

C’est vrai que Blanquer est un habitué des mensonges éhontés : alors qu’il était confronté à une mobilisation importante contre les épreuves de contrôle continu du Bac (E3C en langage techno : épreuves communes de contrôle continu) dernièrement, il a osé prétendre que 99,9 % des enseignant·es étaient d’accords avec lui. Peut-être que réclamer sa démission est maintenant la solution la plus simple.

En plus de demander aux enseignant·es un surplus de travail considérable, il se pourrait bien que les lobbies et le gouvernement profitent de la crise pour progresser dans une éducation nationale de plus en plus envahie par le numérique.

Dans la région Grand Est, de nombreux collectifs se battent contre un plan de développement des outils numériques : le lycée 4.0. Alors que des lobbies d’experts influencent les politiques et disent que le numérique bouscule le modèle de l’école traditionnelle (sic), les enseignant·es et des personnes proches de l’éducation produisent elleux aussi des analyses qui font entendre une autre réalité.

Il est bon de rappeler quelques évidences : trop de temps d’écran a des effets néfastes sur la santé des plus jeunes, les Gafam investissent sur le marché de l’éducation et la volonté d’utiliser le numérique est incompatible avec l’impératif écologique.

God save the chloroqueen

Le professeur Raoult, infectiologue à l’IHU Marseille et ancien membre du conseil scientifique mandaté par l’Élysée, le répète : la chloroquine, ou son dérivé, l’hydroxychloroquine, guérirait du coronavirus. Sa position a été largement relayée sur les réseaux sociaux et dans les médias. Au point que les hôpitaux testant les traitements contre le coronavirus peinent à convaincre les patient·es de participer aux études en cours.

Mais des problèmes majeurs dans l’étude du Dr Raoult ont été pointés par le reste de la communauté médicale : aucune comparaison sérieuse n’a été faite entre des patient·es traité·es et non traité·es ; par ailleurs, certaines données auraient été supprimées de l’étude car en défaveur de l’hydroxychloroquine… Plusieurs autres articles publiés par le passé par l’IHU étaient truqués ou d’une éthique douteuse.

Le professeur Raoult a réalisé une deuxième étude, qui n’est, à nouveau, pas interprétable faute de patient·es témoins (non traité·es par hydroxychloroquine) à comparer aux patient·es recevant l’hydroxychloroquine. Deux études chinoises, ici et , trouvent quant à elles des résultats contradictoires ; néanmoins, ce sont des études réalisées avec très peu de personnes, qui permettent donc difficilement de conclure et qui sont aussi contestées.

Pour le moment, nous ne pouvons être convaincu·es ni de son efficacité, ni de son absence d’efficacité. Restons prudent·es devant les « expert·es » mis·es en avant par les médias ou le gouvernement, fussent-iels médecins ou scientifiques de formation…

Faux espoirs et vrais dangers

Si la plupart des « conseils » dispensés sur internet sont relativement inoffensifs (boire de l’eau, des boissons chaudes ou du jus de carotte, méditer…), certains « remèdes miracles » contre le coronavirus ont été à l’origine de drames. Ainsi, en Iran, 210 personnes seraient mortes après avoir consommé de l’alcool frelaté. Parmi les conseils plus ou moins dangereux et sans fondement rationnel, certains incitent à boire sa propre urine, de l’eau de Javel, des solutions d’argent colloïdal, ou à prendre de la cocaïne.

L’(hydroxy)chloroquine, qui peut induire de graves troubles cardiaques, notamment lorsqu’elle est associée à d’autres médicaments courants (antibiotiques, traitements psychiatriques ou cardiologiques) n’est pas en reste : en France, dix personnes au moins seraient en réanimation après en avoir ingéré en auto-médication. Aux États-Unis, une personne est morte après avoir consommé le phosphate de chloroquine contenu dans le produit destiné à laver son aquarium.

Et il ne faut pas croire que l’on rend service aux gens en leur prescrivant de la chloroquine même avant la fin des essais cliniques : dans le contexte d’une épidémie, la chose la plus éthique à faire est de tester les médicaments avant de les prescrire à cause des nombreux effets secondaires.

En fait, quand on teste des médicaments (un groupe auquel on donne le médicament et un autre groupe auquel on donne un placebo et on traite de la même manière les patients en dehors de ce médicament particulier), il est souvent plus sûr d’être dans le groupe placebo plutôt que de prendre des molécules dont on ne connaît pas les effets !

Le technicisme ambiant nous pousse à ne percevoir que les effets positifs espérés des médicaments ; attention à ne pas sous-estimer les dangers des solutions miracles, d’où quelles viennent !

Illustration : Boîtes aux lettres à Ravenne en Italie by Chris Blonk licence Unsplash

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« Postier, distribue notre journal et tais-toi ! »

La crise du coronavirus n’inhibe pas les vieux réflexes réactionnaires. Les patrons de presse crient haro sur le postier, cet inénarrable tire-au-flanc qui divise par deux son nombre de tournées. La rédac’ chef du groupe Centre France parle même de « prise en otage » pour mieux les culpabiliser. Leurs lecteurs sauront-ils que le SRAS-CoV2 se propage dans les centres de tri ?

« M. le Président de La Poste, maintenez le passage du courrier au moins un jour sur deux ! », implore Sandrine Thomas dans une pétition lancée jeudi 26 mars. Pressée par les syndicats qui s’étranglent face à l’absence de masques et de désinfectants, la direction du groupe récemment passé sous contrôle de la Caisse des dépôts vient de restreindre les distributions du mercredi au vendredi.

C’est est trop (ou plutôt pas assez) pour la directrice des rédactions du groupe Centre France qui glisse en copie de sa lettre ouverte Bruno Le Maire, Nicole Belloubet, les chargés de com’ d’Edouard Philippe et d’Emmanuel Macron et même le chef de cabinet de Brigitte Macron. Des fois que…

Apporter l’information jusqu’à la plus humble chaumière est assurément une noble mission. Penser à ses abonné·es, souvent âgé·es, pour qui le journal papier constitue parfois le dernier lien concret avec le monde extérieur, voilà qui ne souffre d’aucune contestation.

Droit de savoir ou logique éco ?

Lancer une campagne de presse contre son distributeur quand celui-ci cherche à protéger ses salarié·es d’une pandémie ne résulte toutefois pas des mêmes sentiments. Surtout lorsqu’on mobilise l’image éculée de la « prise d’otages », invariant de toute réaction patronale (et souvent médiatique) par temps de grève. Y compris lorsqu’on se souvient opportunément des fameuses missions de service public.

L’appel du pied aux maires, député·es et sénateur·ices, dont les quotidiens régionaux seraient « la meilleure courroie de transmission entre les mesures qu’ils prennent et leurs administrés » achève de nous convaincre qu’il est davantage question de gros sous que de déontologie journalistique. Les relations de dépendance avec le monde politico-économiques n’ont du reste rarement été aussi bien décrites.

Pourtant, c’est vrai, la situation est dramatique pour bon nombre de titres, qui n’ont pas su prendre le virage du numérique. Le journaliste de Mediapart, Laurent Mauduit, parle même, en fin connaisseur du milieu, de « la possible crise de trop », au moment où la messagerie Presstalis est au bord du dépôt de bilan, les kiosques désertés quand ils ne sont pas fermés sans parler des salons organisés par les journaux pour remplir leurs caisses qui s’annulent tour à tour.

Où se situe la famille Baylet dans cette « guerre », sur la ligne de front, à l’arrière ou planquée ?

Loin de formuler une autocritique, le président de l’Alliance, puissant syndicat des éditeurs de presse, envisage un recours en justice contre La Poste. L’ancien ministre de François Hollande, Jean-Michel Baylet, toujours pédégé du groupe La Dépêche, brandit les 100 millions d’euros de subventions annuelles versées par l’Etat à l’ex-entreprise publique.

200327 - Quand La Poste déserte Jean-Nicolas Baylet - La Déviation
Dans un édito publié le 27 mars, Jean-Nicolas Baylet oppose « l’abnégation du personnel soignant » au comportement de La Poste, qui supprime les tournées des lundis, mardis et samedis. « Le moment venu, elle devra s’en expliquer… », menace-t-il en conclusion.

Son fils se fait même porte-flingue lorsqu’il qualifie La Poste de « déserteur » dans un édito enflammé. Les postier·es y sont opposés en creux aux soignant·es, « “nos héros” [qui] font prévaloir l’intérêt général sur toute autre considération, mettant parfois leur santé en péril ».

«Nous ne regardons plus la caissière du supermarché, l’éboueur, ou le conducteur de bus de la même façon » ajoute Jean-Nicolas Baylet, qui ne précise toutefois pas comment il les regardait précédemment. Ni où se situe la famille Baylet dans cette « guerre », sur la ligne de front, à l’arrière ou planquée ?

Le cri du cœur du patriarche – La Poste nous abandonne – est quant à lui partagé indifféremment dans les colonnes de La Montagne (Centre Presse), Le Journal de Saône-et-Loire (Ebra), Le Télégramme, Les Echos (LVMH) et L’Opinion (Arnault, Bettencourt…). Sans préciser que le secteur de la presse vit lui-même sous perfusion. Une bonne partie des aides à la presse étant consenties sous forme de tarifs postaux préférentiels.

Les postier·es craignent pour leur santé

Qu’en pensent les postières et postiers dans tout ça ? Ce n’est pas dans La Dépêche du Midi qu’on le saura. Faisant fi de la règle du contradictoire, elle a proprement ignorée le dernier communiqué adressé par Sud-PTT. Peu étonnant lorsqu’on apprend de source syndicale qu’une journaliste à la santé fragile a dû faire elle-même usage de son droit de retrait pour éviter un reportage imposé par son supérieur.

Il faut donc lire le quotidien d’origine communiste La Marseillaise, dont la parution papier est d’ailleurs suspendue, pour savoir qu’un droit de retrait a été exercé collectivement vendredi sur une plateforme des Bouches-du-Rhône où travaillait un agent contaminé. Le représentant syndical Sud-PTT Serge Raynaud assure qu’aucun masque n’y a été distribué, alors que 100 personnes sur 200 y travaillent encore.

La troisième organisation syndicale du groupe (19 % aux dernières élections, derrière la CGT et la CFDT) récence 129 cas avérés de Covid-19 au 25 mars, et plus 500 suspicions « rien que sur la maison-mère ». Elle en tire une carte, visible ici.

Des chiffres sans doute sous-estimés, comme semble l’attester un document présenté comme émanant du siège. Dans la branche réseau, qui compte un quart des effectifs totaux, 167 agents présenteraient des symptômes du Covid-19 au 25 mars.

200325 - RLP - Suivi des signalements INDIS – Corona virus S 13 - Pôle SI Sécurité Groupe La Poste - La Déviation
Sud Rail joint à son communiqué un document présenté comme émanant du siège du groupe La Poste, sur lequel 167 « agents ayant des symptômes du Covid-19 » sont recensés, dont plus de la moitié à Paris Nord et Issy-Les Moulineaux.

Lors de la première semaine du confinement, des policier·es sont intervenus dans un centre de tri des Yvelines pour mettre fin à une assemblée générale. Une démonstration éloquente de l’expression « répression syndicale ». « Des menaces de sanctions et de retenues sur salaire ont été proférées » contre des salariés exerçant leur droit de retrait, ajoute Sud-PTT.

La réduction de moitié des activités ne satisfait par pour autant les postier·es, qui dénoncent l’absence de nettoyage et de désinfection des matériels. Le syndicat propose donc un recentrage sur les activités essentielles.

« La direction se refuse toujours à intervenir auprès des grands émetteurs comme Amazon, qui est par ailleurs son plus gros client. Au nom de la sacro-sainte liberté du commerce, on s’interdit donc de mettre l’appareil productif au service des besoins essentiels de la population… Quitte à continuer à mettre en danger les factrices et les facteurs, pour distribuer tout et n’importe quoi. »

Mobilisé depuis des années contre les réorganisations incessantes qui ont conduit à une fermeture de très nombreux bureaux et développé le mal-être des postier·es, le syndicat attaque le groupe en justice pour des manquements répétés. L’audience en référé devrait se tenir le 3 avril.

Illustration : « Les Postiers » dessin humoristique situé à la poste du Louvre by Marcel Collin photographié par Patrick Janicek CC BY 2.0

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« Macron met la sécu à disposition du capitalisme financier », accuse Serge Le Quéau

Figure de la gauche briochine, cofondateur d’Attac, engagé auprès des victimes des pesticides comme des mal-logés, Serge Le Quéau est avant tout syndicaliste. Le retraité de La Poste qui avait claqué la porte de la CFDT en 1989 pour fonder Sud PTT Bretagne fait le lien entre la privatisation des entreprises publiques et le projet de retraite à points du gouvernement Philippe-Macron. 

Quel bilan tirez-vous de ce septième temps fort de la mobilisation, dans les Côtes-d’Armor ?

On est satisfaits de la mobilisation qui a eu lieu aujourd’hui parce que dans tout le pays il y a des manifestations. Hier soir, il y a eu des manifestations aux flambeaux dans une centaine de villes en France.

Dans les Côtes-d’Armor, ça a été très, très fort. Sur Saint-Brieuc, sur Dinan, sur Lannion, sur Guingamp et aujourd’hui encore à Saint-Brieuc nous sommes plus de 3.000 à dire notre opposition à la réforme des retraites du gouvernement Philippe et Macron.

Aujourd’hui, le gouvernement a présenté en conseil des ministres le projet de loi avec tous les articles et quand on les analyse – il y a des gens qui travaillent dessus en ce moment -, on s’aperçoit que le diable se niche dans les détails. En fin de compte, il y a énormément de régressions sociales à travers ce projet de loi. Pratiquement aucune catégorie sociale, aucun salarié ni même aucun travailleur indépendant, pratiquement personne ne va bénéficier d’avantages avec cette réforme-là. Ça va être une régression formidable.

L’âge pivot qui a été retiré et finalement réintroduit – ils appellent ça un âge d’équilibre -, le fait que les retraites soient calculées sur la carrière ça ne peut entraîner que mathématiquement une baisse des pensions. En plus, il y a aussi une dépossession des syndicats et du patronat du calcul des retraites donc du montant des retraites puisque ça permettra avec le point de laisser la main libre au gouvernement pour moduler les retraites comme comme bon lui semblera.

Neuf ans que le point d’indice des fonctionnaires est bloqué

On l’a bien vu par exemple aujourd’hui il y a un blocage dans la fonction publique du point d’indice depuis 2010. Ça fait neuf ans que le point d’indice est bloqué. On peut s’attendre, si la réforme par points passe, que le gouvernement gèle la valeur du point et donc fasse baisser d’une manière automatique les retraites. Donc plus que jamais nous restons mobilisés jusqu’au retrait de ce projet néfaste pour tout le monde.

Comme Pierre Mayeur, le directeur général de l’Ocirp, union d’institutions de prévoyance, vous dites que ce projet acte l’étatisation du régime de retraite.

C’est une rupture totale avec ce qui avait été mis en place au sortir de la guerre, en 1945, avec le système de sécurité sociale qui était un exemple dans le monde entier. Aujourd’hui, on voit bien que les néolibéraux avec Macron et puis l’oligarchie ne se contentent pas d’avoir déjà capté toute la richesse que produisaient les services publics non régaliens.

Les grands services publics, que ce soient La Poste, France Télécom, EDF et la SNCF maintenant, tous ces grands services publics qui rendaient des services aux usagers, à la population dans son entier, qui étaient un moyen de redistribution des richesses dans le pays, tout ça est passé au secteur privé marchand. Il y a des fortunes considérables qui sont faites avec ces services publics non-régaliens privatisés.

Le gouvernement s’attaque en ce moment à l’éducation nationale et à la santé. On le voit bien avec la crise sociale qui existe dans ces secteurs.

Le budget de la sécu est supérieur à celui de l’Etat

Cela ne suffit pas pour satisfaire les marchés financiers et finalement ils s’attaquent à la manne de la protection sociale. Il faut se rappeler que c’est 400 milliards d’euros par an, c’est plus important que le budget de l’Etat et qu’aujourd’hui le gouvernement Macron est en train de mettre à disposition du capitalisme financier international cette manne financière qui jusqu’à présent était un système de répartition, gérée par les organisations syndicales et patronales.

C’est un recul considérable, c’est une rupture totale avec le modèle social français. On est en train de glisser doucement mais sûrement vers un néolibéralisme à l’anglaise ou à l’américaine.

Un mot sur la stratégie de l’intersyndicale à Saint-Brieuc ou dans les Côtes-d’Armor plus généralement. 

On appelle évidemment à se rassembler chaque samedi, à 11 h, devant la gare de Saint-Brieuc, en soutien à la mobilisation des cheminots.

Solidaires appelle au rassemblement organisé par la coordination régionale des Gilets Jaunes [le samedi 25 janvier, NDR]. Ils ont choisi la ville de Saint-Brieuc pour se mobiliser, à 14 h 30, place de la préfecture. On appelle également au rassemblement mercredi 29 janvier. Ce sera encore une grande journée de mobilisation interprofessionnelle.

Nous à Solidaire on se félicite que l’intersyndicale CGT-FO-FSU et Solidaires fonctionne extrêmement bien et on se réjouit aussi qu’on s’entende parfaitement bien avec les Gilets Jaunes de Saint-Brieuc. Il y a une unité très forte, qui laissera des traces.

La grève à la SNCF et la RATP diminue. Il vous faut trouver des actions qui marquent médiatiquement, comme ces marches aux flambeaux, qui semblent avoir un certain écho. On voit les avocats, d’autres professions qui déposent leurs outils. C’est un peu nouveau ça ?

Oui, c’est nouveau. On est obligé face à la détermination du gouvernement qui veut passer en force de multiplier les actions et on ne peut pas être seulement dans la grève. Il faut avoir de l’imagination dans la lutte.

Je pense que ce qu’on a été capable de faire ça permet de maintenir une pression, parce que ce que nous disons depuis pas mal de semaines c’est qu’il n’y aura pas de paix sociale dans le pays tant que le gouvernement s’entêtera à maintenir son projet.

On va vers un type d’actions de guérilla sociale finalement. Le gouvernement veut un affrontement frontal avec les syndicats et les salariés et nous on va multiplier les actions. On ne va pas lui laisser de repos. Nous pensons que c’est la bonne stratégie pour garder des forces et ne pas lâcher le combat et faire céder le gouvernement.

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Des « Gaulois·es réfactaires » répondent à Macron dans la rue

Une lettre déposée à la permanente du député LREM Eric Bothorel, une autre à la sous-préfecture de Lannion. La mobilisation contre la politique socio-économique d’Emmanuel Macron prend encore la forme du dialogue social, dans ce coin de Bretagne. Pourtant, personne ne se faisait guère d’illusion sur l’orientation du futur gouvernement Philippe III, lors de la manifestation qui a rassemblé 600 à 700 trégorrois·es ce mardi 9 octobre 2018.

Un an après l’adoption des ordonnances Travail, dérégulant un peu plus le marché de l’emploi, la CGT, FSU, FO et Solidaires ont retrouvé le chemin de la rue. Sans attirer la foule des grands jours, mais sans donner l’image de syndicats abandonnés. Le cortège reprend des couleurs. L’affaire Benalla est passée par là et surtout la hausse de la CSG ou l’échec de Parcousup.

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